O.N.G. PLAC 21*
*ONG dotée du Statut Consultatif Spécial conféré par le Conseil Economique et Social des Nations Unies.
La solidarité active au cœur des Caraïbes pour un monde durable.
Edito : Notre vision
Il y a un an de cela, nous étions en réunion du Conseil d’Administration et nous débattions sur l’identité de notre O.N.G., de notre vision et de notre positionnement face à la mondialisation. Je me souviens qu’unanimement nous étions tombés d’accord sur le fait qu’il fallait chercher au fond de nous-mêmes.
Pour ma part, depuis ma prime enfance une question m’a toujours beaucoup embarrassée, provoquant un malaise profond, inénarrable, une question à laquelle je ne donnais pas vraiment de réponse tant elle était inopportune.
Par la suite, mon parcours a quelque peu évolué et la réponse toute faite a été : « Je suis citoyenne du monde ! ».
Vous l’aurez deviné, le « d’où es tu », impliquant inconsciemment le « qui es-tu », s’imposait chaque fois de façon récurrente, m’obligeant à me poser des questions que je ne voulais pas me poser.
La vraie réponse, en tout cas celle qui me satisfait aujourd’hui est : « Je suis caribéenne ». Une caribéenne foncièrement attachée à la « conscience francophone » et à la langue d’Aimé CÉSAIRE.
Toutefois, cette réponse là, si elle m’apparaît comme satisfaisante, n’en est pas moins complexe. Comment peut-il en être autrement ?
Complexe pour notre O.N.G., à plusieurs titres. Car comment appartenir à une zone qui historiquement est bâtie sur les oublis, qui géographiquement donne une représentation désarticulée, qui économiquement fonctionne de façon fragmentée et qui socialement endure un mal-développement chronique.
À cette complexité s’ajoute une autre complexité pour ce qui concerne tout particulièrement le statut de Départements Français d’Amérique (D.F.A.). En effet, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane en tant que « département-régions » français, ont un statut dépendant de l’Europe et deviennent de moins en moins pertinents pour cette instance supranationale qui ayant intégré de nouveaux pays, modifie sensiblement ses axes de financement pour le développement de nos régions. Cela va de soi, car avant la chute du mur de Berlin, la présence de l’Europe en zone Amérique était pour certains plus que justifiée. Aujourd’hui, la mondialisation propose une nouvelle donne qui a transformé l’intérêt communautaire géopolitique en attrait pour la richesse culturelle, et ce de façon incongrue.
Il semble, par phénomène de décentralisation que nous nous dirigions progressivement, mais inexorablement vers un détachement annoncé. Sans réforme majeure du dispositif actuel, sans l’élaboration d’une nouvelle gouvernance, il est fort probable que les D.A.F. soient confrontés à un nouveau destin.
Alors que faire ? Pas de réponse simple hors de la démagogie. Sans occulter la réalité géopolitique et socio-économique, loin d’analyser ces territoires insulaires comme des poussières d’empire ou encore comme des paradis touristiques, nous nous attachons plutôt à comprendre ce que vivent ou subissent, au quotidien, les enfants, les femmes et les hommes de cette région du monde qui souffrent des dégradations environnementales sans précédent . Pis encore, nous savons et nous vivons une Caraïbe aux multiples souverainetés, avec des liens peu développés, et une identité en continuelle structuration.
Il ne faut pas cependant avoir une vision pessimiste. La coopération si elle n’est pas optimisée sur le plan politique, a laissé place à une évidence économique. Il s’agira pour nous D.A.F. de ne plus rester enveloppés dans notre « orgueil français », mais de comprendre la richesse que peut apporter l’autre. Ne plus rester dans l’encontre, mais aller vers la rencontre, la provoquer. La distinction qui nous vient de notre statut « départemental-régional », nous a jusqu’ici mis dans un positionnement : « nous et les autres ».
Nous nous devons donc de remercier aujourd’hui les plus éclairés parmi nous qui, au travers d’une recherche identitaire, favorisée depuis peu par la décentralisation, ont initié des actions favorisant la conscientisation de notre environnement caribéen. On parlera donc de redécouverte obligatoire pour atteindre ce qui aujourd’hui relève du mythique.
Le temps est à la convergence de stratégies qu’elles soient politique, économique, ou culturelle, la déperdition du caractère subversif de notre démarche identitaire constituant un facteur clé de succès. La décentralisation est donc une réelle opportunité et une avancée significative dans l’optimisation de nos relations avec nos voisins caribéens. La perspective d’une nouvelle gouvernance, doit nous encourager dans l’édification d’une société prospère de notre zone. Les revendications nouvelles des régions d’outre-mer françaises démontrent notre volonté, notre capacité et notre maturité à entreprendre et à pérenniser. Notre insertion régionale devient un enjeu majeur de survie. Cette attitude ne peut plus être marginale, c’est ainsi que nous ne pouvons que saluer la construction d’organisations telles que l’A.E.C., le CARICOM ou la mise en œuvre de programmations entrant dans un schéma défini par INTERREG.
De nombreuses initiatives ont été menées ces quinze dernières années, destinées à favoriser l’émergence de la zone « Caraïbe-Guyane », issues de la coopération et de la mise en interaction d’un réseau d’échange d’expériences.
Si nous devions faire aujourd’hui le bilan de cette volonté émergente, nous pourrions dire que :
Ce sont autant de facteurs qui dénotent des difficultés de mise en œuvre.
Il serait pourtant dommage de s’arrêter à ce douloureux constat. Il est donc important de savoir que :
· les Nations Unies opèrent de plus en plus directement auprès des collectivités territoriales, ceci grâce à la décentralisation,
· des accords ont été signés pour la mise en place de programmes pilotes (par exemple ART-GOLD)
Mais surtout que :
L’AEC a obtenu en novembre dernier, après cinq ans de négociations, que l’O.N.U. accepte de déclarer la Mer Caraïbe comme « zone spéciale dans le contexte du développement durable ».
C’est ainsi que Monsieur Rubèn SILIE, Secrétaire Général de l’A.E.C. s’adressait aux membres du GROULAC, à l’Organisation des Nations Unies, à New York :
« Nous ne voulons plus de la Caraïbe dont nous avons hérité, nous voulons celle que nous sommes en train de construire moyennant l’établissement de vrais canaux de communication et d’institutions régionales impulsant le rapprochement et les échanges. […] La gestion durable de la Mer des caraïbes est une question d’importance cruciale ».
Voilà donc un projet commun, une construction incontournable, un vecteur d’avenir et porteur d’espoir pour les populations, auquel en tant qu’O.N.G. nous apportons notre soutien.
C’est en soi une véritable vision, notre vision.
O.N.G. PLAC 21
Marie-Luce LAFAGES
La Présidente